LES TROIS SOEURS

LES TROIS SOEURS

ANTON TCHEKHOV ­| mise en scèneDANIEL AMAR

texte français Elsa Triolet

dramaturgie Xavier Leroux et Anne Amar

mise en scène Daniel Amar

assistante à la mise en scène Anne Amar

constructeur Olivier Small et CAT Plaisir

costumes Evelyne Guillin

lumières Stéphane Touche

recherches musicales Benji Skalum

recherches littéraires Denis Meyer

avec Gaëlle Billaut-Danno, Nathalie Gauffre, Valère Habermann, Gaëlle Lebert, Gilles Carballo, Olivier Hamel, Pascal Le Corre, Jean-Paul Lopez, Philippe Rigot.

Création dans le cadre du Festival Théâtral du Val d’Oise Novembre 2005

Partenaires Espace Saint-Exupéry Franconville – Conseil Général du Val d’Oise – Théâtre des Embruns –

 

Notes d’intention de mise en scène

. l’espace de jeu : la maison et la forêt d’hiver

Pour figurer la maison des Prozorov nous avons choisi un plateau nu. Ou presque. Des éléments de mobilier suggèrent un intérieur bourgeois vieilli, dépassé. Une grande horloge, un long divan et des valises dispersées délimitent des espaces éphémères où tentent de se retrouver soeurs et officiers. Nous sommes dans le monde quotidien des adultes.

Le fond de la scène est ouvert sur une forêt d’hiver et enchantée. La forêt des contes de l’enfance où circulent moujiks, babouchka, masques de carnaval… Là, règne le monde de l’innocence heureuse. Le berceau des illusions.

Deux espaces qui s’entrecroisent. Et trois soeurs qui brisent le mythe de l’enfance heureuse, de l’adolescence qui s’échappe, et qui tentent de trouver le passage qui les conduira aux portes du monde, aux codes des adultes.

. que nous arrive-t-il quand notre vie est trop lisse et quand notre destin semble tout tracé ?

En Russie. Olga, Macha, Irina s’ennuient dans une ville de garnison située au bout du monde. Mille et une pensées circulent dans leurs têtes. Mais elles rêvent de Moscou. La ville heureuse de leur enfance où elles souhaitent revenir bientôt. La maison des trois soeurs est ouverte à ce monde d’officiers où chacun baigne dans l’ennui, la routine et le bavardage. Autour d’elles en attendant le départ, les déclarations d’amour, l’anniversaire d’Irina, les préparatifs du carnaval viennent meubler leur vie monotone. Que nous arrive-t-il quand notre vie est trop lisse et quand notre destin semble tout tracé ? Tout ce petit monde est dans l’attente d’un nouveau départ. Tous, veulent échapper à un monde où tout change, tout dérape.

L’art de Tchekhov est de dire l’humain avec rien. Des personnages inachevés. Des bouts de phrases.

La maison des Prozorov reflète toute une société en grande mutation. Et tous ses personnages expriment une nature humaine avec ses faiblesses et ses illusions, ses chagrins et ses passions. Les trois soeurs réussiront-elles à échapper à tous ces êtres solitaires, à cet univers étriqué, à l’emprisonnement du temps?

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. là-bas, l’impossible Moscou ou comment devenir adulte, ici ?

Quand Tchekhov nous invite à nous intéresser aux histoires de ses personnages, plutôt qu’à une simple intrigue, il nous dévoile le portrait de trois soeurs ou différents visages de femmes.

Irina, la cadette, la femme-enfant qui aimante tous les regards des officiers. Pleine d’espoir et de vie. Elle est dans l’âge de toutes les métamorphoses. Irina est une Alice au pays de ces grandes personnes assez peu merveilleuses.

Macha, la femme-amante, qui étouffe dans ce milieu servile dirigé par son imbécile de mari et qui s’amourache du lieutenant-colonel Verchinine. Il devient celui qui détourne le soleil pour qu’il vienne chez elle, qui agrandit les fenêtres et pousse les rideaux.

Enfin, il y Olga, la soeur aînée, la femme-mère, qui est restée sans mari. Elle est de celles qui efface les souffrances, d’Irina, et dessine les mots sur le grand tableau noir de la vie. Celle qui « chante pour éloigner le malheur » et que le rire empêche de vieillir.

Portraits de trois jeunes femmes qui n’arrivent pas à quitter l’adolescence et ont la difficulté de rompre avec elle. Et l’on comprend leur impossibilité de grandir, d’être séparées, de vieillir.

Se construire, c’est ne plus ressasser les souvenirs d’une enfance heureuse à Moscou, oublier les fêtes somptueuses, cesser de poursuivre son adolescence qui s’échappe. Enfin elles pourront vivre le temps présent et grandir séparément. Devenir adulte, en somme, avec ce que cela comporte de renoncements secrets et de désillusions tenaces. Grandir… agir, créer et enfin VIVRE.

. une course effrénée contre le temps

Olga, Macha, Irina s’enlisent dans un petit chef lieu de province. Un monde où il ne se passe rien. Ou si peu. Où tous les personnages s’interrogent sur le passage du temps.

Dans cette maison, qui respire comme un ventre, qui ressemble à un cocon, Olga est la maîtresse du temps. C’est elle qui ouvre le spectacle et dit « Père est mort, il y a juste un an, aujourd’hui, le 5 mai, le jour de ta fête Irina ». C’est elle qui organise le calendrier des tâches domestiques, s’occupe de l’éducation des collégiennes et de sa jeune soeur Irina. Elle s’agite beaucoup trop Olga. Véritable mère courage qui lutte contre l’immobilisme, qui tient le décompte du temps et dit « cette nuit j’ai vieilli de dix ans ».

Alors que les autres parlent volontiers au futur entre rêve de retour et prédictions des militaires . Le lieutenant et baron Touzenbach parle « d’une tempête puissante qui se prépare… qui balaiera le pays, la paresse et l’ennui » et le lieutenant-colonel Verchinine « Dans deux ou trois cents ans, disons mille ans, ce n’est pas une question de temps, une vie nouvelle et heureuse, régnera ». Les autres officiers désoccupés s’interrogent sur leur sort en temps de paix.

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Les années qui passent sont source d’angoisse et de rêves brisés. Tandis que le médecin militaire Tchéboutykine s’enivre, par une nuit d’incendie, et brise l’horloge (dans l’acte III) « en mille morceaux », il bredouille devant les soeurs atterrées  » peut-être que je ne l’ai pas cassée. Peut-être seulement en apparence. Peut-être que c’est seulement en apparence que nous existons, mais en fait nous ne sommes pas là. » Est-ce le rêve d’un ivrogne? Est-ce le temps qui s’émiette ? Est-ce le rappel bruyant à la réalité? Où chacun reste en lui-même, envahi par son propre rêve.

Mais le temps passe. Et chacun consulte sa propre montre, (à l’acte IV) celle du dernier duel pour Touzenbach, celle du ciel pour les militaires, celle des coeurs et des adieux pour les soeurs. Touzenbach tué et les illusions d’Irina se briseront comme l’horloge familiale, sur ses ultimes paroles « en attendant, il faut vivre… et je donnerai toute ma vie à ceux qui en ont peut-être besoin ».

Alors Olga, véritable mère courage, donne la dernière réplique du spectacle et dit  » Mes chères soeurs, notre vie n’est pas terminée. Nous vivrons! La musique est si gaie, et on se croirait sur le point de savoir pourquoi nous vivons, pourquoi nous souffrons… si l’on savait, si l’on pouvait savoir! »

. une course contre la montre pour ensoleiller la vie

« C’est l’automne, bientôt viendra l’hiver, la neige couvrira tout… » Et pour combattre la fuite des heures, l’ennui, la vieillesse précoce, la fonte des neiges… la vodka coule à flot. Et l’on oublie que l’on vit mal ou plutôt que l’on veut vivre mieux. Alors l’on boit, l’on chante, l’on rit. On boit pour oublier l’ennui. Le terrible ennui de vivre qui parfois étreint. On boit pour un monde qui bascule, pour une vie nouvelle, pour fêter le carnaval, pour la fin de l’hiver et l’arrivée du printemps. On boit pour tout et pour rien.

Comme des « toupies émotionnelles », trop joyeuses, trop tristes, les trois soeurs semblent envahies par un trop plein de bonheur. Elles prennent d’assaut la vie, courent, s’élancent, dansent. Et le plancher de la maison vacille comme celui de la société. Alors renaît en elles, la volonté de secouer ce vieux monde pour accéder à une vie nouvelle.

Et leur course contre la montre est une course pour ensoleiller la vie. Enfin, vivre.

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. le jeu des acteurs : le choeur

Tchekhov confie son texte non pas à un personnage central mais à un choeur. Il étudie le choeur familial des soeurs et sa relation avec les autres.

Les trois soeurs jouent comme des enfants, se serrent les unes contre les autres pour échapper à ce monde où tout change, tout dérape. Mais chacune s’isole aussi comme dans une bulle invisible. Celle des rêves et des mots.

Mais il y a les autres. Le choeur des militaires. Ces officiers qui entrent et qui sortent dans cette maison comme dans un moulin. Rient, chantent, boivent. Ces velléitaires angoissés parlent et s’affrontent sur l’avenir et le passé, avec leurs critères démodés, leur éducation dépassée. Ils ont tous la même difficulté à s’inscrire dans une société où tout change, tout dérape.

C’est à travers le jeu de la confrontation de ces deux communautés que les soeurs marquent leur territoire, avec leurs mots, leurs corps, leurs passions, sous le regard des uns et des autres : militaires obtus, fonctionnaires obséquieux, mari ennuyeux, amants éternels. Face à cette communauté d’hommes et de soldats, elles se heurtent à la cruauté d’un entourage oppressant, découvrent les codes des adultes, les jeux et les rituels sociaux de ces personnages.

Seules, et seule contre tous, elles s’affrontent dans le seul but « d’arracher les masques » et de mettre à nu jusqu’au vertige les désirs et les contradictions de ces

adultes arrachés à l’adolescence et au temps.

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THEATRE DES EMBRUNS

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Le Théâtre des Embruns est implanté à Franconville. Parallèlement aux activités de formation, Daniel AMAR et son équipe poursuivent un travail de création théâtrale qui les a menés dans de nombreux festivals : d’Avignon, du Marais, de Poésie à l’Olympia, théâtral du Val d’Oise, aux Rencontres Charles Dullin, dans les Scènes Nationales et Centre Dramatique National.

D’inspiration classique ou moderne, le répertoire de la compagnie illustre en 26 spectacles, la démarche résolument contemporaine de son directeur.

Quelques récentes créations :

Au bord de la rivière gelée de Denis Meyer

Les fiançailles de l’étrange Grégoire d’après Franz Kafka

Yseult et Tristan de Denis Meyer

Mademoiselle Julie d’August Strindberg

Othello et Macbeth de William Shakespeare

Les Frères Karamazov de Fédor Dostoïevski

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Contact

THEATRE DES EMBRUNS

MAISON DES ASSOCIATIONS – RUE DU MARECHAL FOCH –

95130 FRANCONVILLE

Tel : 01 34 13 26 59 – 06 18 47 09 10 – theatredesembruns @ wanadoo.fr –

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